Jeumont et son histoire

En 868, un document cite les biens que l’abbaye de Lobbes possédait à Jeumont alors appelée Jovis Mons (Mont de Jupiter).

Au fil des siècles, ce nom s’est orthographié de différentes manières :

Jemont en 1140, Jomont en 1470, Geumont au XVIème siècle, Gemamont au XVème siècle Jeumont en 1597 et en 1633, puis Jumont en 1724…

On associe l’origine de ce nom à la présence d’un poste militaire romain qui surveillait la voie de Bavay à Trèves passant au sud de la commune. Ce poste militaire était sûrement placé sous la protection de Jupiter.

D’après la tradition, l’ancien Jeumont était situé sur la rive gauche de la Sambre, vers le hameau de Jumetiau. Certains vestiges trouvés sur le site viennent confirmer cette origine.
En 1820, on découvrit au sein d’une carrière à l’Est de la commune, des tronçons d’épée, des fers de lance, des fragments de casque et plusieurs petites urnes de terre.
L’endroit de cette découverte s’appelle Preussies, nom qui lui a été donné par la suite et qui se traduit par « coteau des preux».

Le château de Jeumont

Du Moyen-âge, Jeumont garde les vestiges d’un château fort dont les ruines restent visibles au sud de la commune. D’après les maçonneries, ce château remonte au moins au XIIème siècle, époque où les féodaux se construisirent en des lieux inaccessibles de nombreuses retraites fortifiées. Comme tous les châteaux de cette époque, celui de Jeumont était une masse compacte s’allongeant autant en surface qu’au-dessous du sol où se trouvaient les caves, les prisons, les magasins ainsi que l’entrée d’un vaste souterrain qui se dirigeait vers la Sambre.

Au-dessus, se trouvaient autour d’une cour carrée, étroite et obscure, des bâtiments aux murs élevés, d’une épaisseur de deux mètres et garnis vraisemblablement de créneaux et de tourelles. Le manoir était entouré d’un fossé profond franchissable par un pont levis, gardé de chaque côté par deux énormes tours liées à l’édifice.

Il fut détruit en 1794, lors des affrontements longs et violents entre les troupes françaises et autrichiennes du Prince de Cobourg.
Pendant la Première Guerre Mondiale, les troupes d’occupation allemandes contribuèrent pour beaucoup à son démantèlement.

Du château de Jeumont, il ne reste aujourd’hui qu’une partie de la plus élevée des deux tours rondes, des fondements de murailles et un puits creusé au pied des bâtiments de la cour.

Les seigneurs de Jeumont

Au XIIIème siècle, le château de Jeumont, avec les terres qui en dépendaient, appartenait aux seigneurs de Barbençon.

Parmi les membres de cette puissante famille, Gérard de Jeumont et son fils Jean portèrent plus particulièrement le titre de seigneurs de Jeumont. Par ailleurs, Jean accompagné de son fils Eustache, participa à la quatrième croisade.

Jean 1er de Barbançon meurt à la bataille d’Azincourt le25 octobre 1415. Il laisse un fils Jean II de Barbançon.
Jean II de Barbançon (=1470), seigneur de Jeumont , Werchin , Walincourt , sénéchal de Hainaut , est conseiller et chambellan du duc de Bourgogne Philippe le Bon.
Jean II épouse, en 1426, Jeanne Le Flamenc (= 1460), dame de Canny et de Varennes .
En 1458, Jean II et son épouse partagent leurs biens entre leurs cinq enfants.

Jean III de Jeumont abandonna ce titre en 1444 pour prendre le nom et les armes de la maison de Werchin dont il avait épousé l’héritière.

Son frère et successeur Jacques VII porta également pour titre principal celui de seigneur de Werchin. Il en fut ainsi de tous les descendants jusqu’à l’époque du mariage de Iolende, nièce d’Antoine, premier pair de Flandre, avec Hugues de Melun. Marie de Melun, issu de cette alliance, épousa Lamoral, Prince de Ligne et fit passer la seigneurie de Jeumont dans cette puissante famille…

Le dernier seigneur de Jeumont fut Charles Joseph, né en 1735 et mort en 1814.

Jeumont à l’aube du XIXème siècle

À la fin du XVIIIème siècle, Vauban fortifie le nord de la France. Il établit une ligne de défense le long de la Trouille de Mons à Jeumont. Il y a 170 ans, il existait encore une redoute au nord de la rue Puissant.

Nombre d’habitants de la commune depuis 1709

1709…

145

1801…

578

1872…

2142

1912…

5724

1975…

10 000

1992…

11 131

2009…

10 261

En 1788, l’église de Jeumont, bâtie en 1454, tombait en ruine. Il fut alors décidé de la reconstruire au même emplacement. Devant l’accroissement de la population de la commune, elle fut agrandie en 1928.

À la fin de 1793, le général français Desjardins occupe le village avec 8000 hommes.
En mai 1794, les autrichiens s’installent sur la rive gauche de la Sambre. Jeumont est alors bombardée.
Les français sont repoussés sur la rive droite et se réfugient derrière les habitations du village.
Une ambulance fut établie dans l’église.

Au cours du XIXème siècle, l’industrie allait s’établir à Jeumont…

Une industrie naissante

Au cours du XIXème siècle, le Bassin de la Sambre vit naître de nombreuses industries qui prirent leur essor au moment de la création de la ligne de chemin de fer en 1854 par la Société du Nord des Chemins de Fer.

En 1859, la Société des Glaceries de Florelle installe une fabrique à Jeumont. La fabrique Florelle fut fondée par Hector Despret. La famille Despret est une riche famille française qui s’illustra dans l’industrie du verre.

Des recherches effectuées par Maître Mossay, il ressort que la manufacture de Jeumont fut l’une des plus importantes d’Europe. En outre, une glace fabriquée à Jeumont orne toujours le salon de l’Elysée à Paris et une autre offerte par le gouvernement français au Tsar Alexandre III est toujours visible à Moscou…

L’usine était implantée sur la longue bande de terrain entre la Sambre et la ligne de chemin de fer. L’extrémité d’un hall faisait face à la Sambre en aval de l’écluse. On y avait accès par un passage à niveau qui permettait le franchissement des voies dans le prolongement de l’actuelle rue des Usines. Cette rue doit son nom au fait qu’elle était bordée, d’un côté par une fonderie installée par Théophile Haut, et de l’autre par un atelier de grosse mécanique qui construisait les équipements nécessaires à la fabrication des glaces. Cet atelier occupait à la fois, l’emplacement du cinéma et le hall Haut. Il est à rappeler que la salle Théophile Haut qui accueillait pendant un temps de nombreux spectacles ne fut construite qu’en 1920 par les F.A.C.E.J et qu’elle prit le nom de Haut seulement par extension.

Plus tard, l’usine alla s’étendre sur le territoire de Boussois et l’industrie du verre s’y déplaça au fur et à mesure des nouvelles implantations… Entre la voie ferrée et la Sambre existait une marbrerie, un chantier de tailleur de pierre attenant à la fabrique de boulets qui en 1913 céda la place aux usines St-Éloi, qui fit place par la suite à la société Lorraine de Produits Métallurgiques.

À la place de l’hôpital Riche se trouvait la cimenterie Portland.

À droite, la rue de Lessines, qui autrefois n’était qu’un sentier conduisant au pont de Sambre, nous menait devant la Feutrerie de Jeumont et l’usine à Gaz (Gazomètre). Cette dernière fut transformée par la suite en bureaux de la société EDF-GDF qui firent place ensuite à l’actuelle résidence Joffre.

La Feutrerie fut remplacée par un Laminoir à froid (Etilam), puis par Europrofil, disparu depuis le début des années 70. L’espace est depuis occupé par la Piscine municipale et l’ancienne patinoire.

Vers la gauche de l’ancien hôpital Riche, nous apercevions les bâtiments des usines et ateliers Théophile Haut, là où se trouvent les actuels établissements Dufossez et l’ancienne salle de spectacle Théophile Haut.

À l’emplacement de l’ancienne centrale électrique et des ateliers de Sambre, s’est implantée la société Jeumont-Electrique (du groupe Framatome) baptisée ainsi depuis 1993. Actuellement, la société continue son essor sous les directives du groupe Altawest. L’embryon de la division matériel électromécanique et nucléaire (DME) était alors un petit atelier de construction mécanique créé en 1898 sur Empain et prit le nom de Société Electrique et Hydraulique. Cet atelier se développa en fabricant du matériel de chemin de fer, de tramways et de ponts roulants. Il devint une division importante qui s’agrandit au fur et à mesure des rationalisations et des fusions  et changea fréquemment de nom. Elle fut ainsi tour à tour appelée :

- En 1906 :     Société des Ateliers de constructions Électriques du Nord et de l’Est.

- En 1921 :     Forges et Ateliers de Constructions Électriques de Jeumont, à la suite de la fusion avec les forges de la Longueville (Groupe Empain) situées à Feignies.

- En 1964 :     Jeumont-Schneider, à la suite de la fusion avec le matériel électrique Schneider Westinghouse.

- En 1989 :     Jeumont-Schneider Industrie (du groupe Schneider)

- En 2007 :     Jeumont Électric (Groupe Altawest)

Après le Pont Noir, se trouvaient les usines Bridoux et les Marbres Français. À l’emplacement de la route d’Erquelinnes étaient implantés les chantiers Rombaux et Roland. On y trouvait également les Laminoirs et Ateliers de Jeumont qui devinrent par la suite la Société Thyssenkrupp.
Avant 1914, se trouvait à cet emplacement  à un  échelon plus réduit, les Forges Meunier qui fabriquaient  des vis et des boulons. Cette petite entreprise, détruite pendant la guerre, devint par la suite les Forges et Usines du nord. C’était alors une fabrique de matériel agricole célèbre en outre pour son semoir. En 1928, l’usine fut rachetée par la société de Ateliers Mécaniques de Morlanwelz (B) ; c’est alors la naissance des Laminoirs et Ateliers de Jeumont.
Depuis 1969, la société est détenue  par les Produits d’Usines Métallurgiques (PUM), une importante société de Reims, faisant elle-même partie du groupe belge Cockerill. En 1999, se fut au tour du  Groupe Thyssenkrupp de prendre les commandes de la société.

Enfin, en continuant dans la rue d’Erquelinnes, on rencontrait la scierie Delattre, une cimenterie, une vannerie, un atelier de gravure sur verre et une fonderie.

Au Watissart, les carrières de quartzite et de marbre ont été exploitées jusqu’au XIXème siècle. Les ouvriers marbriers ont fait la prospérité de la région et à cette époque, on comptait trois carrières de pierre bleue, trois marbreries et huit ateliers de polissage, tous disparus aujourd’hui.
Les anciennes carrières ont fait place à présent à un vaste plan d’eau au milieu d’un parc aménagé apprécié des promeneurs.

Les figures de l’Histoire de Jeumont

Albert Riche

Ce grand bienfaiteur de la ville de Jeumont où il est né, a fait de la commune son légataire universel, sous réserve de créer avec les fonds disponibles une institution exclusivement laïque qui pourra être une pouponnière, une crèche, un hôpital ou un hospice. Elle devra également porter le nom de son père : Antoine-Joseph Riche.

L’hôpital Antoine-Joseph Riche ouvrit donc ses portes le 15 septembre 1936 grâce à la donation de feu Albert Riche avec le concours de la ville de Jeumont, du « Pari Mutuel » et des industries de la région. Cet établissement ferma définitivement ses portes en mai 1997. Aujourd’hui ce bâtiment emblématique abrite une Maison d’Accueil Spécialisé.

Moïse Rampanaux et Pierre Duplanty

Ces deux hommes se sont illustrés dans la résistance durant la seconde guerre mondiale. Ils furent en effet responsables d’une filière qui assurait le passage, l’hébergement et le transfert de nombreux prisonniers de guerre évadés.

Désiré Mathez

Désiré Mathez fut président de la Libération Municipale en 1945 puis Maire de Jeumont de 1945 à 1956. Son souvenir reste marquant par le fait qu’il dota la ville du Centre Culturel « André Malraux », du nouveau cimetière et du stade portant son propre nom.

Jeumont, ville frontière

Jeumont est un poste frontière avec la Belgique. La canalisation de la Sambre et la construction du rail y amenèrent l’essor.

Jeumont  possédait trois recettes des douanes : route, canal et essentiellement la gare. Pour loger les douaniers, le chemin de fer du nord fit construire vers 1860, quatre bâtiments de caserne : deux pour le service des bureaux avec deux logements plus spacieux pour le receveur principal et l’inspecteur sédentaire, chef local, et deux de deux pièces pour le service des brigades. L’effectif de la douane en gare tournait autour de cent cinquante, brigades et bureaux… Tout ceci laisse déjà entrevoir l’importance du poste de Jeumont.

Le comptable de Jeumont-Gare avait le grade de receveur principal. Il n’y avait qu’une seule recette principale par direction mais celle de Valenciennes en possédait deux, sans doute dû à l’importance qu’avait Jeumont.

Ceci dura jusqu’à la création d’une deuxième direction à Paris où il y avait un poste budgétaire de comptable supérieur… que l’on prît en déclassant Jeumont en 1952.

À cette époque, dans leurs cours à l’école de Neuilly, les administrateurs civils de la Direction Générale citaient en exemple le bureau de Jeumont où ils avaient fait leurs débuts de carrière.

Puis vînt 1958 et le traité de Rome. D’abord, le trafic augmenta très sensiblement ; il fallut mettre en place des procédures simplifiées de dédouanement pour faciliter son écoulement. Jeumont fut bureau-pilote en la matière : les houilles, les produits de la CECA, les scories, les trains complets étaient déconsignés rapidement pour libérer la gare.

De son côté, le trafic routier n’était pas en reste. Il fallut soulager le site de Jeumont-Route qui était depuis 1953 un des premiers bureaux internationaux établi en territoire belge… mais prévu avec une zone de dédouanement trop petite.

Les camions à l’entrée furent alors dédouanés sur la place de la gare. Le flux y était très important. L’intensité s’accentuait encore les nuits d’été des mardis et des samedis avec  les transports de pigeons voyageurs qui animaient le quartier de la gare avec l’ouverture des cafés et de l’épicier jusqu’à une heure avancée de la nuit.

L’ouverture du bureau de Valenciennes-Autoroute fut un coup dur pour Jeumont. De plus, le transfert du dédouanement par fer sur Aulnoye-Aymeries précipita le déclin.

La recette principale de la gare qui avait absorbé celles du canal et de la route en 1964, fut déclassée en 1984 puis devint annexe de Bettignies avant de fermer définitivement ses portes le 1er janvier 1993.

Jeumont devait aussi son importance aux trains internationaux de voyageurs qui transitaient entre Paris, Charleroi, Namur, Liège, Cologne, Berlin, Varsovie et Moscou. Avant 1939, les trains stationnaient pendant une heure en gare de Jeumont ; c’est ainsi que de nombreux chefs d’états et de nombreuses personnalités eurent l’occasion de découvrir Jeumont, notamment les Tsars qui voyageaient entre Paris et Moscou, ou les acteurs Laurel et Hardy (en 1947) …

La rapidité prenant de plus en plus ses droits, le stationnement à la frontière fut supprimé. Une équipe contrôlait les voyageurs durant le parcours entre Paris et Jeumont. Un accord international permit par réciprocité, aux deux polices et aux deux douanes, belge et française, de contrôler sur parcours étranger. Ainsi les douaniers purent exercer leurs fonctions entre Jeumont et Charleroi…

Cependant, le marché commun avançait à grands pas ; il fallut aussi alléger le contrôle des voyageurs. Les tolérances accordées aux usagers s’élargirent ; les investigations s’espacèrent et furent prises en compte par la brigade touristique d’Aulnoye-Aymeries, celle de Jeumont ayant disparu en même temps que le transfert du trafic ferroviaire.

Jeumont et son urbanisme

Depuis plus de quarante ans, Jeumont ne cesse de s’agrandir, de se moderniser, a mis en œuvre une politique de la jeunesse, de la culture et des sports, a développé l’action sociale et amélioré son cadre de vie pour devenir une ville moderne, agréable, animée et sensible à l’environnement. Cette rétrospective de l’évolution de l’urbanisme montre à quel point notre ville a changé et continuera dans cette optique d’innovation et de changement, pour redynamiser et moderniser la ville, notamment grâce aux divers projets portés par l’ANRU.

Jeumont et son blason

Le blason de Jeumont a pour origine les armes de la baronnie de Barbençon, qui portaient « d’argent à trois lions de gueule couronnez et armez d’or » (Vinchent page 208)

Cette définition décrit les armoiries à savoir trois lions rouges à griffes dorées, couronnés d’or apparaissant sur un fond argenté. Pour singulariser la branche familiale de Barbençon dont ils descendaient, les seigneurs de Jeumont ajoutèrent à l’écusson, une bande de sinople vert, descendant de gauche à droite au travers du blason.

C’est en 1898, que le Maire Auguste Marchal choisit les armes des seigneurs de Jeumont pour les en-têtes des lettres et affiches de la commune. Récemment, la municipalité a rajeuni et dynamisé le logo pour qu’il corresponde mieux au dynamisme de notre ville.